Allez c'est mon petit quart d'heure sérieux...
Je suis donc allé à Huriez hier pour avoir une forme "d'aval médical" pour mon départ en Rhône-Alpes la semaine prochaine...Il est vrai que je ressens toujours une certaine anxiété à l'idée de pénétrer dans l'aile du 6ème est de l'hôpital. Mais depuis quelques temps , je suis venu en "visiteur de courtoisie" mais au moins hier , je ne serais pas venu pour rien... En effet , l'hémato m'a signalé que mon taux de fer était très élevé. Bon , c'est vrai , j'ai eu une p'tite sueur froide , mais il m'a reprit tout de suite et annoncé qu'il ne fallait pas que je m'inquiète.
Pour faire simple , durant mes phases d'hospitalisation , j'ai reçu de nombreuses transfusions. Ces tranfusions ont apporté à mon organisme l'hémoglobine necessaire pour "pouvoir vivre" , mais en même temps , celles-ci m'ont apporté du fer contenu dans le sang. Le petit hic , c'est que le corps humain ne sait pas éliminer ce minéral par le biais des urées par exemple. Donc le seul moyen de "vidanger" le surplus de fer est de mettre en place des saignées (eh oui , on a pas temps évoluer que cela depuis le moyen-âge!). Mais ces "saignées" sont exactement sous la même forme qu'un don du sang pourrait avoir sauf que le don part à la poubelle...Voilà pourquoi , je vais être mis en contact avec le CHU de Lyon pour mettre en place ces quelques saignées.Mais à côté de tout ce que je suis passé , ça ressemble à une petite formalité. Toutefois , l'hémato m'a rassuré car il y a quand-même des conséquences à long terme (10 ans) si je continuai de "garder" un taux élevé ( graves conséquences sur le coeur et le foie). Mais comme j'aime à le dire : "il faut mieux prévenir que guérir"! Non , vraiment , je ne suis pas inquiet , c'est un phénomène assez récurent ches les personnes qui ont reçu de nombreuses transfusions.
Mais il y a eut une sensation plus troublante pour moi...
En effet , le 1er mars 2009 , cela fera deux ans que j'ai été greffé. Et voilà plusieurs fois que l'hémato me lance que je suis guéri. C'est un mot "terrifiant" pour un leucémique qui a déjà rechuté une fois... Je m'explique...
En effet , la leucémie est entrée dans ma vie en octobre 2005 et elle m'a amené à l'hôpital Saint-Louis (Paris 10ème) et aussi par la case "réanimation" et la frontière entre la Vie et la Mort (protocole de chimio intensive). Mais ce qui me choqua , c'est que quelques mois après ma sortie , un hématologue boulonnais me glissa, aux vues de mes résultats ,que j'étais "guéri". Manque de bol pour lui , quelques mois plus tard , on me convoqua au CHRU de Lille pour m'annoncer une rechute (Octobre 2006)!Mais j'ai eu une chance dans ma vie : une greffe de moelle avec une compatibilité maximale puis que de la part de mon petit frère (Mars 2007). Cette nouvelle moelle a deux effets thérapeutiques :
1/ le fait de mettre en place une "nouvelle usine immunitaire".
2/ La nouvelle moelle a pour objectif de détruire les "dernières cellules" sous-jacentes qui peuvent se cacher dans le corps.
Alors que la chimiothérapie n'a que pour conclusion de détruire l'ancien système immunitaire de façon à "redemarrer" l'usine , mais avec beaucoup moins d'assurance que celle qui est amenée par la greffe. De plus , "si" demain , une analyse ne serait pas terrible , il suffirait "tout simplement" d'aller prélever sur mon frère , un peu de sang et faire une réinjection lymphocitaire (globules blancs) de façon à donner un coup de "booster" à ma moelle.Non , vraiment je prend concience de toute ma chance...
Mais hier , lorsque l'hémato m'a demandé de le regarder droit dans les yeux et m'a confirmé que , depuis qu'il est à Lille , soit dix années de greffe de moelle ( à raison de 50 greffes par an) , il n'a vu qu'un seul cas de rechute après deux ans de greffe! Soit 1 sur 500! Et tout en ne me lachant pas du regard , il me lança : "je ne m'avancerai pas à tenir ce genre de propos si je n'avais pas pris en compte l'ensemble des facteurs".
Et pourtant... et pourtant , je ne suis pas euphorique devant une telle nouvelle. Non , car "ours échaudé , craint l'eau froide" et je préfère rester avec la concience d'un élastique dans le dos qui se détend par l'effet du temps. Mais hier soir , je me suis rendu compte que le mot "guérison" remplace le mot "rémission"...
Je suis un clown , je cache de nombreuses émotions par le biais de l'ironie et un ton caustique. Hier soir , j'étais au téléphone avec une personne pour laquelle je ne peux me cacher derrière ce masque. Cette femme réveille en moi une confiance qui se cachait devant l'expression de nombreuses blessures personnelles. Mais elle arrive à être présente dans ma vie , sans juger mon passé , mais bien au contraire attendre de voir que le futur puisse nous réunir.C'est une indiscrétion sentimentale de ma part , mais que voulez-vous , je pense normal , qu'en ces temps de stress et de tristesse , je puisse mettre en avant mon bonheur en compagnie de cette personne. Donc , hier soir , je n'ai pas pu "me cacher" lorsqu'elle me demanda comment s'était passé mon entretien médical. Pendant un instant , les larmes ont fait leurs apparitions dans mon regard. Je n'ai pu m'empêcher d'avoir une pensée , à l'annonce du mot "guérison" , pour Rémi , Gabriel et toutes les personnes qui ont croisé mon chemin et qui ont été touché de près ou de loin par la maladie... Mais la présence de cette jeune femme et ces propos réconfortants me firent vraiment comprendre que j'avais une "nouvelle chance" dans ma vie et que je ne devais pas la gâcher...
Nous prendrons le temps de découvrir ce que le futur nous réservera , mais ce que je sais , c'est qu'en plus de m'avoir appris à faire confiance , elle m'a appris à regarder devant moi et donc vers l'avenir...


Vos coups de griffes