Libre , je me sens
libre , plus de cathé , plus de lien avec la maladie à part une simple prise de temps tous les quinze jours! On ressent un réel appel à la liberté , une simple
douche ressemble à une apothéose. ( Le cathé ne permet pas de prendre de douche...) Bref , vous avez la sensation de reprendre votre place dans la société!
Au mois de juillet , j'ai commencé à vouloir me reprojeter dans l'avenir , même si mes projets de formation dans le cadre
de la mécanique agricole étaient tombés à l'eau , je savais très bien qu'un "simple" bac en génie mécanique ne m'ouvriraient pas de nombreuses portes. Voilà pourquoi , je me suis mis en lien avec
l'AFPA de Boulogne sur Mer de façon à reprendre un domaine de formation adéquate à ma situation médicale : Technicien Supérieur d'Etudes en Constructions Métalliques (TSECM) à l'AFPA de Lomme. A
côté de ses projets professionnels , je me suis rapproché du monde de l'Ovalie en me réinscrivant au sein du Rugby Club Boulonnais. Bien sûr , je n'ébruitais pas mes péripéties médicales , mais
je me souviens encore que durant mon premier footing , j'ai "craché mes poumons"! Mais je continuais , je continuais , ...
En septembre , je descendis à Paris pour faire un myélo de contrôle et recevoir "l'aval" médical pour entamer ma formation. C'est une formation complexe et lourde qui prépare à la fonction de
dessinateur/projeteur en constructions métalliques ( 11 mois ).
Mais à une semaine de l'anniversaire de ma grand-mère , je reçu un appel d'un numéro inconnu et ce fut étonnant , mais je sentais bien que cet appel ne serait pas de bons présages . En effet ,
c'était l'hémato de Saint-Louis qui me demanda d'arriver le lendemain pour effectuer un myélo de contrôle , car il avait des doutes. Si il y a bien une chose qui peut me faire peur c'est
d'entendre un médecin avoir des doutes , car ce n'est pas logique! Le lendemain , je pris le TGV de Lille à Paris , pour effectuer la ponction et rentrer sur le centre de formation , le
soir-même. Comme le médecin me savait anxieux par l'annonce de mes futurs résultats , il me proposa de me faire le prélèvement en utilisant du protoxyde d'azote (gaz hilarant) de façon à
peut-être mieux faire passer la "pilule"! Mais je sentais bien que le climat n'était pas positif et qu'il fallait que je commence à me poser de nombreuses questions qui allaient rester sans
réponses. Alors que les résultats n'étaient pas encore arrivés que je commençais à demander à l'hémato de se mettre en contact avec le service d'hématologie de Lille. Deux jours après , l'annonce
des résultats fut sans détour , c'était une rechute , je devais retourner dans un chambre stérile pour peut-être envisagé un protocole de greffe , mais la question serait de savoir si il y avait
un donneur potentiel autour de moi!
La maladie vous permet de prendre conscience de nombreuses choses. Et contrairement à toutes les séries américaines qui embellient les sorties
d'une sortie d'un traumatisme comme un pardon sur moi-même , dans mon cas , ce fut tout le contraire...
Ces longues heures en tête à tête avec moi-même m'ont permis de me rendre compte que certaines blessures n'étaient pas complétement cicatrisées. C'est vrai , je suis une grande "gueule" , mais je
me suis forgé cette carapace pour ne pas permettre aux personnes dénouées de mauvaises volontés de réveiller un Fabien que j'avais plongé volontairement dans l'oubli! Ce Fabien qui a vu pendant
des années une mère alternée les passages entre le domicile familial et l'hôpital psychiatrique , un père qui tourne le dos à son rôle et préfère son plaisir masculin et un frère que je n'ai pas
vu grandir , tout cela dans un contexte de maladie génétique (la Chorée d'Hungtinton). Bref , avec un air de philosophie , je me demande parfois si tout simplement , la leucémie n'a pas été
le déclic favorable pour renaître.
Je n'ai pas à me plaindre de mon enfance , "matérielement" , je n'ai manqué de rien , bien au contraire , à chaque fois que je voulais quelque chose je l'obtenais , j'étais dans la rubrique
"enfant gâté". Mais malgé tout , je n'étais pas heureux , car il me manquait une chose essentielle : de l'affection. Je ne suis pas issu d'une famille qui met en avant des marques d'affection à
tout va mais dans le cas de mon père , celui-ci ne passait aucunes occupations en compagnie de ses deux enfants. Chaque loisir était "une perte de temps" , il avait toujours autres choses à
faire...
Je dis souvent que je me suis élevé seul car mes valeurs , je les ai appris grâce à la Vie! En effet , à mes seize ans , mes parents ont divorcé et pour moi ce fut une véritable "libération". Ce
couple atypique , dont était issu deux enfants était composé d'une femme de fort caractère et rongé par son emploi de secrétaire de gestion au sein d'EDF et d'un père ,souhaitant par la
pseudo-image d'un patriarche respecté , caché toute sa faiblesse de caractère et sa soumission non virtuelle devant une "maitresse-femme". Je ne suis pas là pour mettre en place un jugement , car
un jour , il comprendra peut-être qu'il a commis des erreurs plus graves qu'il n'y pensait! Mes week-end étaient rythmés par des heures et des heures de conflits parentaux. Ma mère avait trouvé
un moyen de faire effacer de rendez-vous de deux jours en famille , en nous plongeant dans d'immenses centres commerciaux parisiens de façon à corrompre tous les conflits par l'ivresse de la
consommation! Mais certaines vérités ne sont pas bonnes et ne doivent pas être dites...
Mon arrivée à Rumilly fut assez mouvementé puis que le club avait vu ces projets un peu grand puis que les deux lycées en partenariat avec le FCSR ne pensait pas que nous devions être
loger...
De la mi-août à la mi-septembre , les cadets et juniors (une dizaine de joueurs) étions logés dans un batîment municipal à proximité du terrain d'entraînement. C'était une situation assez
originale , puis que ce batîment avait pour fonction d'accueillir les centres aérés! Je garde encore le souvenir que , dans le cadre d'une fête à Rumilly , un groupe de majorettes devaient venir
dormir dans le même bâtiment. Il faut imaginer la scène : prenez une bande d'adolescents mâles et de plus rugbymen avec une forte augmentation de la testostérone , mettez en contact ces éléments
avec un groupe d'une vingtaine de majorettes du même créneau d'âge et vous obtenez : RIEN DU TOUT. Puis que nous avions l'interdiction de "tourner autour de ces demoiselles"!En effet , la
responsable des majorettes à la vue de ce troupeau de sportif à demander à notre responsable junior de bien vouloir vérifier que nous quittions pas nos chambres la nuit. Ce fut une situation
comique , puis que notre responsable était devenu notre "mère supérieure" au point même qu'il avait investi le couloir à l'entrée de notre chambre commune pour contrôler qu'un de nous ne puisse
pas aller jusqu'au pêché de chair! L'Histoire ne raconte pas si certains avaient réussi à garder contact avec ces jeunes demoiselles...
Notre hébergement se situait à l'internat du Lycée professionnel Portes des deux Alpes. Ce lycée professionnel était en pleine rénovation et nous avions le droit à notre lot de surprises!(Coupure
générale d'électricité et d'eau suite à une rupture de canalisation)Mais ce que le club et les lycées n'avaient pas pris en compte , c'était ce petit détail : nous étions des joueurs origianires
de toute la France et par conséquent nous ne pouvions pas rentrer chez nous tous les week-end (dimanche = jour de match). Nous étions donc dans des chambres de trois. Bon cela peut déjà vous
sembler étroit quand vous y restez la semaine , mais je vous promet que , nous concernant , nous ne "sortions" de ces chambres , que pour les vacances scolaires. En plus , nous n'avions pas de
machines à laver à notre disposition. Cela permit d'apprendre comment laver en une dizaine de fois , dans un lavabo , avec de l'eau froide , des affaires d'entraînement dans des conditions
pluvieuses. Bref , en très peu de temps , la tension était plus que palpable... Et là , je fis ma plus belle intervention de probable politicien. Les joueurs de la section m'avait nommé
représentant car mon surnom était en lien avec ma réputation de sérieux : le Vieux.
C'est vrai , je ne sortais pas souvent , je restais souvent le week-end avec notre encadrante Anne-Laure en salle télé pour regarder la trilogie du samedi sur M6. On m'a parfois reprocher de ne
pas assez me lacher , mais que voulez-vous , il est difficile de redresser un arbre! A la vue de la situation , je me suis "invité" à une réunion close entre les responsables du club et les
proviseurs pour signaler les conditions dans lesquels nous vivions. Je reprend l'expression "inviter" car ce fut les propos du proviseur du Lycée de L'Albanais , en me voyant me rentrer dans la
salle de réunion sans convocations. Avec un noeud à l'estomac , je n'ai pas démordu , j'ai exposé , pendant les cinq minutes qui m'étaient accordés par le proviseur furieux , devant une
assemblée inquiètes devant la tournure de mes exemples. Des parents d'élèves et de joueurs étaient tellement effarés par mes propos qu'ils ont exigé à visiter l'internat en rénovation. Même si
cela me couta une annotation sur mon bulletin de note ( comme quoi "je devais savoir rester à ma place" ) , une semaine après cette intervention , le club mit en place un système de blanchisserie
par le biais de parents bénévoles du club et le lycée assouplit son réglement intérieur sur la présence de la section sportive... J'ai peut-être raté une vocation de syndicaliste?
Vos coups de griffes